La violence

 

 

De toute évidence la violence n’est pas un état de sérénité, ni de paix.

Elle n’invite pas à la communication, au partage, à l’équilibre, au respect, à la compassion. Elle ne génère pas de liberté ou de paix, ni d’humanisme.

 

En cela, il apparaît que la violence se définit mieux au travers de ce qu’elle n’est pas plutôt qu’au travers de ce qu’elle pourrait être et apporter.

Quand une chose se définit mieux au travers de ce qu’elle n’est pas, il devient évident que cela traduit un vide de créativité, une impossibilité d’appui logique et constructif.

 

Il m’apparaît inutile de d’engager ici un état de lieux de la présence de la violence dans notre société technologique.

Il y a bien longtemps que ces constats sont dressés, que nombre d’êtres humains de qualité ont dénoncé ce fait, et proposé aussi des solutions palliatives aux décideurs et autres autorités en charge de manœuvrer les grands vaisseaux de nos sociétés.

 

La violence apparaît dans une société humaine quand quelque chose de profond et d’essentiel n’a pas été comblé, nourri, valorisé et entretenu.

 

Nous arrivons à une échéance, celle du constat que l’expérience matérialiste n’a pas répondu à l’objectif de rendre l’humain heureux et libre. La désillusion est tragique et le rêve matérialiste s’effondre doucement sur lui-même, dans un bruit de fin de civilisation où sonnent les cris de désespoirs et de peurs.

 

Quels sont les ingrédients qui ont prévalus à cette situation ? Ils sont nombreux :

Un vide de spiritualité, le culte et la culture de la peur, menace dans nos intégrités (physiques, morales, intellectuelles, spirituelles ), besoin d’identité, besoin d’affirmation, égocentrisme sur la notion de survie, désire de domination, sexualité sans amour, dévalorisation de l’être, perte de notre identité divine, du sens du sacré, sentiment d’isolement, exacerbation des schémas de puissance, rupture avec les éléments et les autres règnes, perte de conscience d’être relié, trahison de certaines religions, absence d’éducateurs spirituels, endormissement des consciences, peur de manquer, peur de mourir etc etc etc …………

 

Je laisse à chacun ici le soin de compléter cette liste, car nous avons tous des éléments personnels et collectifs à y adjoindre (malheureusement ).

Nous avons aussi le choix de nous voiler la face, de nous raconter de belles histoires et de ne pas croire en notre responsabilité en tant qu’intellectuels, spiritualistes, thérapeutes ou éducateurs.

 

La violence est une énergie liée à la vie et aussi une vérité de vie pour beaucoup d’êtres. Elle ne peut être qu’une composante logique dans l’expérience dualiste qui est la nôtre. La violence fait partie de l’expérience qu’on le veuille ou non.    

Si elle s’exprime ( sexe prime ! ) avec tant de force , c’est qu’un équilibre est rompu

et qu’une force équivalente d’amour est absente en face d’elle.

 

Les sociétés sont les miroirs où se projètent nos individualités.

La réponse à la violence ne peut être qu’à l’intérieur de nous bien évidement.

Alors j’invite chacun à tourner le projecteur sur le centre intime de sa personnalité, dans un acte de vérité, d’authenticité, d’humilité, mais aussi de compassion à soi même.

Ma responsabilité est là, et nulle part ailleurs face à cette violence dénoncée.

 

Aurais-je le courage de regarder en face mes propres champs de bataille, mes conflits ou mes guerres soigneusement entretenus en toute légalité et légitimité.

Quel temps ai-je accordé à identifier cela ?

Pourquoi je me sens dans l’incapacité de dire à ceux qui m’entourent que je les aime ?

Pourquoi je m’interdis de les prendre dans les bras, de les embrasser, de les toucher ?

Pourquoi ai-je manqué d’imagination en n’envoyant pas des pensées d’amour à ceux qui étaient incapables de recevoir mes paroles.

Quels avantages ai-je à entretenir cela, quelles peurs sou tendent mon attitude ?

 

Loin de moi l’idée d’aller chercher le vieux levier de la culpabilité pour changer les choses en profondeur en chacun de nous, ce serait alimenter ce que je cherche à déjouer.

Mais le travail est là, une invitation à sortir du vide d’amour en moi, c’est là que mes enfants m’attendent, c’est là que je serais efficace par la force de mon rayonnement intérieur, par la force de l’image de paix et de sérénité retrouvée et présente en moi.

Alors je ne participe plus à la violence du monde, je refuse de lui donner ma nourriture.

Ma responsabilité n’est pas au-delà de cela.

 

Que chacune de mes paroles, chacun de mes gestes, chacune de mes intentions traduisent cette paix intérieure retrouvée et entretenue, alors je suis à ma place en ce monde, je participe à ce monde, je change aussi quelque chose pour ce monde.

Je me sens efficace et responsable, doué de création.

 

Franck Aubert

La Relation à l’autre

A paraître dans la revue 3 ème millénaire

de juin 2006

 

La relation à ‘’ l’autre ‘’ ?

L’autre c’est déjà celui que j’identifie hors de moi, distant, différent, éloigné , hors de mon champ personnel, de cette bulle qui fait que je me sens unique et séparé, en distance physique et psychologique.

Comment ne pas imaginer que ‘’ l’autre ‘’   ne soit pas dans les mêmes dispositions que moi ?

La relation à l’autre se définit dans la rencontre de ces deux différences entretenues.

Comment deux êtres vont-ils s’y prendre pour tendre un fil, un lien, une connexion entre eux, pour que quelque chose se passe ? Mais quoi ? : un échange d’idée, de sensations, un regard, des sentiments, un contact physique ?

Deux sphères souhaitent rentrer en contact, par curiosité ou par intérêt, à moins que ce soit pour renforcer leur propre identité.

Le souhait inconscient de renforcer son identité conduit par là même à aggraver l’écart, la fracture, la distance avec l’autre.

Que va-t-il se passer ? Qui va rencontrer qui, et qui va rencontrer quoi ? Quelle partie de moi souhaite rencontrer quelle partie de l’autre ?

Dans la mystérieuse procédure relationnelle combien de facteurs sont en mouvements ? Mon regard, mon odorat, mon ouie, ma peau, mais aussi l’énergie émise, ça c’est pour le corps, mais dans ma tête : l’image de l’autre, son apparence, les mots qu’il emploi, l’apparence de son corps, son regard, les mouvements de ses membres, le ton de sa voix, son énergie.

L’alchimie de la rencontre se fait dans la friction de l’ensemble de mes composantes humaines mis en contact avec celui qui me fait face. Je me sens alors , soit en sécurité avec l’autre soit en insécurité.

Qu’est ce qui prévaut au fait que je vais me sentir en sécurité face à l’autre ou en insécurité ? Ai-je à ce moment précis conscience de l’ensemble des éléments mis en œuvre chez moi

pour identifier la nature du lien qui est en train de se jouer ?

Quels sont les éléments accordants et ceux discordants qui sont en fonction ?

Il y a, certes, certains éléments que j’identifie instantanément, mais il faut aussi que j’accepte qu’il y en a un nombre encore plus grand qui agit sans que ma conscience de veille y ait accès.

Je dois admette que je n’ai pas le contrôle de la globalité de ce qui se produit au moment de la relation à l’autre.

 

 

Il y a toujours une raison qui prévaut dans la rencontre programmée de l’autre. Il ne semble pas y en avoir dans une file d’attente au supermarché, et pourtant je continue à émettre, des ondes, des sensations, des odeurs, des regards, une énergie, des gestes. Qui me dit que personne ne perçoit ce que j’émets à cet instant, et que, par voie de conséquence, je reçois aussi des informations de ceux qui m’entourent ?

Et si la relation à l’autre ou aux autres ne s’arrêtait jamais ?

Pourquoi ‘’ être relationnel ‘’ s’arrêterait-il à l’expression verbale ? C’est en continu que je suis un être relationnel, c’est une permanence que j’assure sans parfois l’assumer, c'est-à-dire sans la prise compte des conséquences de ma dimension d’émetteur.

Ce qui importe c’est la qualité de mon émission, de ma fréquence, la nature des champs qui partent de moi.

Conscient de cela, je mesure ma responsabilité qu’il y a simplement à ‘’être’’.

Il n’y a pas de relation à l’autre comme des séquences spatio-temporelles conduites par le conscient qui segmente tout, ses actes et ses liens.

Le sentiment entretenu de séparation est une névrose, conduite par les peurs. Il m’appartient des les identifier, il m’appartient d’identifier mes peurs, mes sensations d’insécurité.

Chaque relation est déjà construite, il n’y a que rapprochement de liens, avec des échanges plus ou moins heureux, confortables, harmonisants ou déstructurants.

La relation à l’autre  c’est ce bain d’énergies d’où va jaillir la création ou la destruction.

Le souhait d’harmonie sera facteur d’une relation créatrice et évolutive, la peur provoquera au contraire les tensions destructrices, qui engendreront un renforcement des défenses psychologiques et par voie de conséquence la séparativité.

L’énergie qui prévaut en moi déterminera plus sûrement que mes calculs, la nature de l’expérience relationnelle avec qui que ce soit. Il ne m’est pas demandé de ressentir tout le monde positivement, et de sombrer dans l’illusion que tout le monde est bon.

Mon seul repère est ma propre sensation d’harmonie en moi.

Ma quête de bonheur me fait procéder à un tri subjectif et arbitraire, un tri conditionné à mes valeurs, mais ce n’est pas cela qui fonctionnera.

C’est la globalité de ce que je suis qui guidera la nature de mon expérience relationnelle.

La relation à l’autre est mon lieu d’apprentissage. J’y contemple mon reflet, parfois cette image m’est proprement insupportable, alors je m’arrange pour abréger l’inconfort, c’est la mise à pied de la relation. Je chercherais non pas à briser le miroir, mais à faire disparaître celui qui le porte.

La galerie des glaces relationnelles dans laquelle chaque visage est une partie de mon propre visage. Les autres sont moi, sous mille et une formes. Je m’accueille et j’aide chacun à s’accueillir sans complaisance ni trafic. Je refuse la séduction.

Je fuis le cercle de mes relations conventionnées où tout est arrangé pour le confort de ma propre image. Là point de danger, en apparence, là le terrain semble sécurisé pour moi. Là n’apparaissent que mes visages complaisants. Ce n’est pas le lieu où je grandirais, mais on a parfois besoin aussi de repos n’est ce pas ?

L’exercice de la relation c’est aussi celui d’aller accueillir ma propre humanité, toute mon humanité, sans arrangement ni complaisance, mais sans violence non plus.

La relation à l’autre m’indique avec une précision extrême l’état de ma propre relation à moi. Suis – je capable d’accepter toutes mes parties, de toutes les prendre en compte ? Si je suis capable de cela, et là mon sentiment d’unité sera accompli, la relation aux autres devient l’exercice d’une compassion universelle dont je suis le vecteur.

Disparaît mon sentiment d’isolement, et naît l’immense jouissance d’une fusion au monde.

Aubert Franck